Le 26 décembre 1999, la tempête Lothar traverse le massif vosgien avec des rafales à près de 200 km/h sur les crêtes vosgiennes. Des milliers d’hectares de forêts sont renversés. le 28 décembre, c’est la tempête Martin qui achève les arbres fragilisés. Le froid s’installe alors, la neige tombe en altitude par un vent soutenu sur un enchevêtrement d’arbres brisés et enchevêtres.
Les 3 et 4 janvier, nous, secouristes montagne, sommes appelés à ratisser le secteur du Donon à la recherche d’un avion qui a disparu dans ce secteur. Des congères se sont formées. La progression de l’équipe de secours en montagne est particulièrement délicate dans ce secteur accidenté et au milieu de ces immenses sapins couchés au sol et recouverts de neige. Le Piper sera retrouvé plusieurs jours après. Les quatre passagers sont décédés.
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L’action du vent. Dès fin 1999, les pièges sont tendus.
La neige continue de tomber sur les sommets sous de fortes rafales de vent. Lors du passage au 21ème siècle, nous mesurons 60 cm à 1220 m d’altitude. On a une alternance de brefs redoux suivis de regel. Après une période de grand froid, la tempête de neige se déchaîne. Des plaques à vent se forment alors. Les pièges sont tendus.
Commentaire de l’observateur nivo-météo: Plaque, sur neige fragilisée par le froid des jours précédents (faces planes), le tout sur une sous-couche gelée.
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Fellering le dimanche 23 janvier 2000.
Trois skieurs emportés par une avalanche dans la combe du DRUMONT.
Un des skieurs, totalement enseveli sous plus d’un mètre de neige, est secouru par ses deux compagnons, eux même blessés. Lorsque les secours arrivent, les rescapés ont construit un petit abri coupe-vent avec de la neige, pour protéger le jeune homme en hypothermie.
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Mittlach le dimanche 23 janvier 2000.
Le Leibelthal, versant EST du Rothenbachkopf, sur la commune de Mittlach, où un randonneur en raquette disparaît le 23/01/2000.
Ce secteur est reconnu comme particulièrement avalancheux. En 1851, deux personnes sont emportées par une avalanche sur l’itinéraire Munster, Wildenstein et la Bresse.
Le corps du randonneur disparu le 23 janvier sera retrouvé plus de deux mois après.
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Couloir des Belges le 29 janvier 2000.
Le samedi 29 janvier, nous sommes en ski nordique dans le massif du Champ du Feu. Le matin, la neige est encore froide et poudreuse, puis rapidement les skis « bottent ». Des sabots se forment sous les semelles des skis, signe que la neige est en pleine transformation.
Nous apprenons que plusieurs avalanches ont été déclenchées par des skieurs et des randonneurs en raquette. Deux morts et plusieurs blessés dans un couloir du Schaefferthal versant nord du Hohneck. Un autre groupe de skieurs de randonnée cette fois déclenche une plaque au Kastelberg, le matin du même jour.
Sur un article de la presse locale (Un risque partagé), on lit : « Il était prévu pour la journée de samedi, des nuages, de la douceur et de la neige ??? Météo France prévoyait pour sa part des coulées de neige mais pas de risques d’avalanches » ??? Plus loin on lit: « Les Belges ont été victimes de la chute d’une plaque à vent déclenchée naturellement en raison du poids de la dernière neige et du redoux » ???
Autres commentaires: dans l’Est Républicain du 31 janvier 2000: «Ce qu’on appelle une plaque avant ». ??? Et bien d’autres perles lues ou entendues, qui donnent une bonne idée de la culture « nivologique » à l’époque dans notre massif… Il reste encore à faire.
Plus sérieusement, mécanisme de formation des accumulations par Alain Duclos.
La photo ci dessous montre bien les Hautes Chaumes soufflées par le vent et la neige qui s’accumule à la partie supérieure de ces couloirs. La surface du manteau neigeux est sculptée par le vent. La plaque est invisible en surface. Première précaution: un test au bâton permet lors de la progression d’apprécier le risque. Renoncer en cas de doute.
Source Météociel: la courbe bleue ci dessous montre que la température va rapidement devenir positive en milieu de journée. Les courbes rouges indiquent la vitesse moyenne du vent et en rafales. La direction du vent est de sud/ouest et les rafales atteignent 120km/h. La neige va s’accumuler à la partie supérieure des couloirs d’orientation nord/est. A l’époque, il n’y avait pas encore de mesures automatiques de hauteur de neige sur cette station.
Sur cette photo de 2009 est figuré le couloir qui depuis s’appelle désormais le « Couloir des Belges ». Commentaire de l’observateur: « Altitude de la cassure : environ 1220 m. L’avalanche a traversé la forêt. Plus tard, j’ai relevé des impacts sur les troncs à 2 mètres de haut. De nombreuses branches ont été brisées. »
En conclusion, sur plus de 40 ans de relevés nivologiques, nous constatons que ce ne sont pas durant les hivers les plus enneigés que se produisent les avalanches les plus destructrices et meurtrières. Au maximum, l’épaisseur du manteau neigeux n’atteindra pas un mètre en 2000. En revanche cet hiver 1999/2000 particulièrement tempétueux aura provoqué la formation de plaques fragiles, dites au sens large « plaques à vent ».
durant la saison froide 1999/2000
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Avertissement: Cet article ainsi que le reste du contenu de ce site sont le résultat d’une longue expérience de terrain et de recherches en nivologie. Ces documents sont mis à la disposition des lecteurs dans un but pédagogique. Ils restent la propriété intellectuelle des auteurs, ce qui implique de les citer, mais aussi l’association Niv’ose. MERCI.