Sacré Dagobert!

Ce fameux Grand Dagobert, comme l’appellent les skieurs-alpinistes ou vosginistes, a encore fait parler de lui. Sur cette image du versant nord du Hohneck, on distingue cette masse sombre qui s’est arrêtée un peu en amont de la ferme du Frankenthal. C’est une belle avalanche de fond. Le manteau neigeux a glissé sur toute son épaisseur, jusqu’au sol, arrachant au passage de la terre, des roches et des végétaux.

Pourquoi Grand Dagobert? Pour le différencier du Petit Dagobert, joli petit couloir étroit situé à gauche de son grand frère et qui débouche sur le replat de la Grotte Dagobert. Histoire ou légende? Le bon roi serait venu s’y réfugier lors d’une partie de chasse.

Photo Emmanuelle HANS – février 2021.

Il est coutumier du fait, ce Grand Dag, c’est même probablement le plus actif du massif du Hohneck puisqu’on peut le voir « purger » plusieurs fois durant le même hiver. Exemple, au printemps 2006 où plusieurs avalanches étaient passées sur la ruine de l’ancienne marcairie, qui avait été rasée en 1910 par un phénomène similaire.

En ce mois de janvier 2021, la première avalanche de poudreuse issue du même couloir, passe entre la ferme actuelle et la ruine, visible sur cette photo dans un bouquet d’arbres, sous la date de prise de vue. Elle n’est pas passée loin de la ferme, d’ailleurs la neige qui recouvrait le toit a pu être emportée par le souffle.

Pour en revenir à cette importante avalanche de fond: que s’est-il passé? Après les premières tombées de neige en décembre que la pluie va faire fondre, il neige à nouveau à partir du 25 décembre. Le manteau neigeux atteint alors plus d’un mètre cinquante en moyenne à la mi janvier. C’est à ce moment que vont partir simultanément des avalanches de neige froide, poudreuse, dans plusieurs couloirs.

Le Nid d’Hirondelle vient de purger le 24 janvier 2021. P-M D

Ensuite le redoux s’installe. Entre le premier et le quatre février, c’est un déluge de pluie qui s’abat sur le massif. L’eau pénètre à travers le manteau neigeux jusqu’au sol. Dans la zone d’alimentation maximale en neige de la partie haute des couloirs, on a couramment plusieurs mètres d’épaisseur de neige. Il y a très peu d’ancrages au sol. Il suffit alors que des corniches, en s’effondrant, entraînent des tonnes de neige lourde.

Ce type d’avalanche est finalement assez fréquent. Le 22 février 2019, Francis LECLERC photographie le dépôt de cette avalanche de fond sur la RD 417 en contrebas du couloir du Spitzenfels à proximité du col de la Schlucht.

Francis LECLERC.

Rassurez-vous, depuis ce couloir a été équipé de paravalanches.

On en parle dans la presse:

https://www.dna.fr/faits-divers-justice/2021/02/25/avalanches-de-fond-au-hohneck

Restons prudents. Si nous bénéficions actuellement d’un bon regel nocturne, aux heures chaudes de la journée, des restes de neiges instables peuvent encore se décrocher. Le cycle gel/dégel est enclenché.