Rhodiola 01 janvier 2001.

Édité le 20 janvier 2013.

Hier, Franky du Frankenthal vous avait parlé de ce phénomène étonnant des métamorphoses de la neige sèche. Aujourd’hui, Wormsy va en rajouter une couche… Ah ! Ah : Qu’est-ce qu’on rigole quand on voit ces grands bipèdes patauger dans la poudreuse! Hello ! Wormsy ! on a besoin d’un renseignement. Tu peux nous expliquer ?

Bonjour à toutes, bonjour à tous. Dès que l’on parle du Wormspel, j’accours. Normal, c’est mon pays. Les collègues chamois du Frankenthal, je ne les envie pas. Ca manque de soleil, c’est froid là bas, c’est étroit le Falimont. Et la face nord du Hohneck : austère. Regardez chez moi comme c’est lumineux. Et cette face sud du Hohneck, grandiose, NON ?

Et bien, méfiance, ce magnifique cirque glaciaire n’est pas toujours aussi commode qu’il en a l’air. Bon. Je creuse dans ma mémoire et dans mes archives. Que s’est-il passé en décembre 2010, versant Nord des Spitz ? J’ai retrouvé ce document du 18/12/2010.

On retrouve, comme souvent, les neiges anciennes qui ont subi la pluie puis le gel. C’est du grain rond soudé, du béton. Là, pas de problème. En surface, ce sont les neiges récentes, qui sont localement soufflées par le vent. Cette neige est encore bien poudreuse, parfois compacte, ça dépend des endroits. A 60 cm de hauteur, on voit une couche différente. A la loupe, on discerne des grains anguleux, des cristaux fragiles. Ce sont les faces planes, signalées par un petit carré.

Bizarre ! Pourquoi là ? Si l’on regarde quelques jours avant, il a fait un froid d’ours. Il fait toujours très froid sur ces versants Nord.

La différence de température entre ces couches était importante, c’est ce qu’on appelle un fort gradient. La courbe de température (en bleu) montre une anomalie au niveau du G. C’est précisément à ce niveau que se sont formées les faces planes, formant une strate très fragile, épaisse de quelques cm. Le froid persistant, nous aurions eu des gobelets… encore plus fragiles.

Il n’en faut pas plus pour que la surcharge entraînée par le passage d’un grimpeur déstabilise le manteau neigeux. Et si en plus on ne respecte pas les distances de sécurité. Ben voyons! On vous connaît, vous, grands bavards de primate. On se rapproche des copains pour causer… un grimpeur ça va… deux, trois, quatre… bonjours les dégâts.. tout le monde en bas…

Dans le Frankenthal. Une caravane de grimpeurs s’aventurent dans le premier couloir à droite. Trop rapprochés, les grimpeurs surchargent le manteau neigeux et … chute collective.
Alexis Nouailhat

Pour en revenir au WE dernier, pourquoi ça n’est pas parti alors que la neige en surface semblait identique ? Parce que, par chance, il n’y avait pas ces strates fragiles sous vos pieds. Vous étiez moins nombreux ? Assez éloignés les uns des autres ? C’est comme sur la route : gardons nos distances. Tenez, j’ai un tuyau à vous filer. Vous avez bien une pelle à neige dans votre sac. J’ai vu un de nos collègues qui faisait ce test de stabilité. C’était jeudi dernier. Il a tapé avec la main sur la colonne de neige qu’il avait dégagée. Ça s’est un peu aplati mais ça n’est pas tombé. S’il y avait eu une strate fragile, tout se cassait la figure.

Test de stabilité.

Ça ne prend pas beaucoup de temps et ça peut alerter sur les conditions de stabilité du manteau neigeux. Bon, avec ce qui nous arrive : de la neige ? Du verglas ? De redoux ? On ne sait pas comment la neige va évoluer. Dans les Vosges, ça change d’une heure à l’autre.

Sur ce, je vais me reposer. Salut ! A suivre…

Vache de montagne !

Help ! J’ai retrouvé un autre document d’archives, saisi dans le Rhodiola en 2001. On y voit une belle plaque qui repose sur une petite strate composée de faces planes, givre et givre de profondeur. (gobelets) . Là ça craint !

Vous reprendrez bien un petit gobelet ?

Deux jours après, un grimpeur partait avec une plaque dans le secteur de la Martinswand. Rassurez-vous, il s’en est sorti.