Réseau d'observateurs de la neige pour le massif des Vosges

SCOOTER épisode 1

Fin 21ème  siècle.

Le climat a considérablement changé . On nous l’ annonçait depuis des années. En revanche, personne au monde, nul scientifique, aucun modèle informatique n’aurait pu prévoir ce qui est arrivé.

La fin du 20ème siècle avait vu monter les températures à des valeurs jamais atteintes. Toutes les tendances allaient vers un réchauffement climatique global dû à « l’effet de serre », les activités humaines étant, en grande partie, responsables du phénomène.

Bizarrement, en quelques années, le climat de nos régions tempérées se mit à changer. Dans un climat hyper-atlantique, les tempêtes se multiplièrent, entraînant de fortes précipitations sous forme de pluie en plaine et de neige en moyenne montagne. Du jamais vu ! D’octobre à juin, il neigeait en permanence. L’été, les brouillards des crêtes maintenant une fraîcheur constante, le névé qui couvrait le massif dès 1000 mètres d’altitude ne pouvait fondre. La neige se tassait, se transformant peu à peu en glace.

(c) P-M D Ch grandidier – Niv’ose

Les raisons de ce renversement de situation sont difficiles à expliquer dans ce récit. On sait globalement qu’un changement brutal de direction des courants marins qui tempéraient jusqu’à présent nos régions est intervenu. Simultanément, de violentes éruptions volcaniques dans l’hémisphère nord ont projeté des cendres volcaniques en quantité dans les hautes couches de l’atmosphère, obscurcissant le soleil pour plusieurs années. Paradoxalement, alors que la planète se réchauffait, les régions tempérées se trouvèrent constamment sous l’influence de masses d’air polaire.

C’est ainsi que « l’âge de glace » s’est installé, plus particulièrement sur notre région.

Toute l’économie locale s’en est trouvée bouleversée. Si au départ certains se réjouirent d’une saison de ski prolongée de plusieurs mois, rapidement on s’aperçut des effets pervers. Les pylônes de téléskis, les câbles disparaissaient les uns après les autres sous des masses de neige impossible à déblayer. Les routes d’altitude devinrent impraticables, même aux engins les plus puissants. Les touristes ne venaient plus que pour constater, sous un sombre plafond de nuages, l ‘avancée des névés jusque dans les vallées, autrefois verdoyantes.

(c) P-M D Ch Grandidier Niv’ose

1 – LES MIAULES (les mulets)

Une caravane de mulets progresse vers les plus hauts sommets du massif. L’animal de tête, peu chargé, fait la trace. Depuis l’arrivée de la vague de froid, seul le court redoux estival permet d’approcher quelques jours durant les hautes solitudes des sommets vosgiens. La neige tassée de ce mois d’août porte suffisamment pour que les bêtes de somme, lourdement chargées, et les hommes puissent se déplacer. Le reste de l’année, le blizzard empêche d’atteindre les crêtes.

Guidée par GPS, la troupe se déplace lentement sur le tracé de la route des crêtes, disparue depuis un demi siècle sous des mètres d’épaisseur de neige et de glace. Cette expédition scientifique a pour mission d’évaluer les ressources en eau potable, cette eau qui jaillit du granit.

En effet, depuis le grand cataclysme climatique, durant lequel toutes les nappes furent plus ou moins contaminées par la pollution, l’eau potable devenait aussi rare que le pétrole, quasiment épuisé depuis longtemps. On aura compris que l’infiltration de toutes les impuretés que l’on avait pu rejeter dans l’air, les rivières et les sols avaient souillé l’eau de surface, mais aussi les réserves profondes.

La Présidente de la République décréta « Grande Cause Nationale » la protection de la ressource la plus vitale qui soit, d’où ces expéditions dans les secteurs de montagne qui semblaient protégés. La plus petite source devait être captée .

Arrivé sur un site potentiel, l’équipage s’arrête, le personnel s’empresse de décharger des caisses de matériel. Certains montent les éoliennes et leurs génératrices , d’autres mettent en place le matériel de sondage. Tout semble rôdé, c’est une opération de routine. Le travail peut commencer.

La perforatrice s’enfonce lentement dans le manteau neigeux. Soudain elle s’immobilise brutalement. Le chef de mission interroge l’opérateur chargé du détecteur, qui confirme : un objet non identifié dans le manteau neigeux. Plusieurs personnes se relayent pour pelleter la neige, puis on gratte à la main la neige autour de « la chose ».

Apparaît d’abord un capot métallique peint en bleu, deux phares, puis un guidon, un siège en plastique, le tout parfaitement protégé par l’épaisse couverture de neige. A l’avant : deux patins apparaissent. En grattant sous l’engin, car c’est bien un engin mécanique qui repose là, on dégage une chenille caoutchoutée…

(c) P-M D Ch Grandidier – Niv’ose

« Une motoneige »  dit un participant. Oui ! un scooter des neiges si vous préférez. J’en ai vu un dans un musée, et d’expliquer comment on se déplaçait sur la neige avec cet engin, à l’ère du pétrole. Il est vrai que depuis, on avait oublié. Finis les véhicules à essence, diesels, ces moteurs qu’on laissait même tourner au ralenti devant la boulangerie, le temps de faire la queue au comptoir, terminés ces engins pétaradants qui circulaient partout. Le diester et autre agro-carburant ne s’étaient pas révélés à la hauteur des espérances et de la gourmandise des hommes du 21 ème siècle. Il avait fallu trouver de nouveaux moyens de production d’énergie et de déplacement, remettre à jour et perfectionner des techniques ancestrales. Le pétrole n’était plus réservé qu’à des usages importants. Bref , on avait dû s’adapter !

Depuis son apparition sur Terre, l’homme a dû s’accommoder de toute modification de son milieu de vie et de ses ressources. Vouloir trop modifier le milieu a régulièrement entraîné des catastrophes.

Passée la surprise, la question est posée : que faisons nous de cette découverte « archéologique » ? Dans l’immédiat, on prend des photos, puis on plante des jalons pour marquer l’emplacement de la relique et l’on poursuit la mission pour laquelle nous sommes là, à 1250 m d’altitude : retrouver des sources et les capter. Le chef fait un rapport et l’expédie par Internet aux autorités pour expliquer les causes du retard au travail.

La tempête arrive. Ce soir on redescend à l’abri, demain sera une autre journée !

Que fait cet engin à cet endroit ? Que s’est-il passé ? Pour le savoir, rendez-vous dans…un certain temps…

Toute ressemblance avec des personnes ou des faits réels serait purement fortuite.