Réseau d'observateurs de la neige pour le massif des Vosges

Épisode II.

On eut bien des difficultés pour redescendre le scooter des neiges dans la vallée.Depuis l’étrange découverte d’un engin d’un autre âge dans les neiges du Hohneck, de nombreux visiteurs venaient contempler l’engin, exposé dans le hall de la gare TGV de Gérardmer.

Voici qu’un jour, quelqu’un se souvient d’avoir entendu les grands-parents évoquer un fait divers qui pourrait éclaircir cette énigme. Un peu de recherche dans les archives permet de retrouver des articles parus, au début du siècle, dans les pages des quotidiens régionaux.

C’était avant le Grand Bouleversement.

Voici, en résumé, l’ «affaire» relatée par la presse locale :

Un énorme « casse » est perpétré dans une banque de la capitale régionale. Un butin composé de bijoux, de pièces anciennes et autres espèces sonnantes et trébuchantes disparaît mystérieusement. Arsène Lupin n’aurait pas fait mieux. Tous les services de l’état sont mobilisés, à la recherche du précieux chargement. Malheureusement pour les trois as de la cambriole, un objet oublié sur place, permet à la police scientifique de découvrir l’identité d’un des voleurs. La traque va mettre la police sur la piste des fuyards, localisés par tracking.

La course-poursuite s’achève au col de la Schlucht, en plein hiver.

*******

Mars 2009 (c) P-M David – Niv’ose

En ce XXème siècle, il faut le rappeler, les hivers ne ressemblaient en rien à ce que nous connaissons en cette fin du XXIème et début du XXIIème. En ce temps là, il était possible sans grandes difficultés, de franchir les cols ou d’accéder aux stations de ski. Les services de voirie hivernale, les « gars des ponts » comme on les surnommait, sautaient aux commandes des chasse-neige et turbines dès 5 heures du matin si nécessaire, pour ouvrir les routes, chasser la neige sur les accotements, pulvériser les congères en d’immenses gerbes de neige. Au lever du soleil, les touristes devaient accéder aux pistes, c’était vital pour l’économie régionale.

Ce jour là, c’est la fête au Col de la Schlucht.

Bien avant le lever du soleil, tout le monde s’affaire pour préparer les festivités.

Brasserie de la Schlucht (c) Niv’ose

Tout est prétexte chez les gens des « hauts » pour faire la fête, quel que soit le saint du calendrier, un anniversaire, la naissance du petit dernier, une compétition de ski…

Cette fois, c’est l’élection de Miss Schlucht.

Toute la communauté des gens de la montagne est là, rassemblée devant le podium, impatients d’assister au défilé des candidates, monitrices, pisteur.e.s secouristes, conductrices de remontées mécaniques, patronnes, cuisinières, serveuses. Des blondes, des brunes, des rousses, tout sourires et sans masques. (C’était avant qu’un méchant petit virus n’envahisse la planète).

Pour qui connaît le climat des Hautes Vosges, avec une moyenne annuelle de température égale à celle de Reykjavík quelque part dans le grand nooord, il n’est pas question de défiler en maillot de bain, strass et hauts talons, à 1150 m d’altitude en plein hiver. Des commerçants des deux versants avaient apporté ce qu’il fallait, profitant de l’occasion pour présenter la dernière collection de combinaisons de ski, de bonnets et de polaires dernier chic.

Du beau monde ce jour là, Mr le Maire, les services de secours en montagne, les PGM, les équipes du SDIS, le chef de station et tout le personnel, pisteurs, dameurs … Bref Il ne manque que Monsieur le curé, retenu par ses obligations sacerdotales.

Un petit orchestre, confortablement installé devant la chapelle met de l’ambiance, faisant résonner les flonflons que l’écho renvoie d’un versant à l’autre du Montabey au Haut Gazon et jusqu’au fond de la combe du Valtin.

Le Maire de la Schlucht sort de son gousset une feuille de papier élégamment pliée en éventail et déclame son discours de bienvenue aux participants et spectateurs, acclamé par la foule.

Tout baigne dans la joie… sauf que …la radio de bord puis un téléphone puis deux puis trois sonnent dans les poches des forces de l’ordre. Alerte ! Plan épervier déclenché. Procédure d’urgence, intercepter véhicule qui se dirige sur votre position….

Petit moment de stupeur.

Retour sur les archives de presse de l’époque :

Pris en tenaille entre un barrage de gendarmerie et les poursuivants, les bandits, guidés par le GPS embarqué, tentent de s’échapper par la route des crêtes. C’est oublier que les GPS, à cette époque, omettent parfois de signaler que cette route n’est pas déneigée cinq mois par an.

Les participants à la fête de La Schlucht présents à ce moment vont assister, en direct, à une cascade digne d’une série télévisée. La grosse cylindrée des fuyards traverse au maximum de sa vitesse le parking verglacé, décolle sur le bourrelet de neige laissé par la turbine, et après un impressionnant vol-plané, se plante jusqu’au pare-brise dans la neige du bas-côté.

Les gendarmes « cueillent »ainsi deux des malandrins assez secoués par le choc.

Le troisième, prend la fuite au milieu de la foule, emportant un sac du butin. Le spectacle n’est pas terminé car le coriace fugitif ne manque pas de ressources.

Une motoneige du service des pistes vient d’arriver en bordure du parking. Le voleur saute sur la machine. Pris par surprise, l’employé est propulsé dans la neige. L’engin démarre plein gaz et fonce en direction des crêtes, semant la panique au milieu des skieurs. Il disparaît. On en entendra plus jamais parler !

Ouf ! Une fois cet épisode ubuesque terminé, la fête peut reprendre presque comme si rien ne s’était passé. Une ovation accueillit la championne du jour, ses dauphines et toutes les participantes.

Les tempêtes, les bourrasques, les coups de tabac, on a l’habitude sur les hauts. L’apéro offert par les brasseries et restaurants nous attend, et ensuite, hoplaa !, choucroute, tofayes pour les vosgiens et roy pour les alsaciens, le tout bien arrosé.

*******

Retour vers le XXIèeme siècle.

Le climat s’étant rapidement dégradé, les hauts sommets sont progressivement désertés, la vie se retranche en basse altitude.

(c) Niv’ose

Mais voici que réapparaît, près d’un siècle plus tard, un indice qui nous met sur la piste du légendaire «trésor des crêtes». Qui parviendra à le retrouver ?

Pour le savoir, rendez-vous dans…un certain temps…

Toute ressemblance avec des personnes ou des faits réels serait purement fortuite.